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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 17:13

Dites moi si ça vous parle....

« PSA nous a redéployés vers Pôle emploi »

L'Humanité du 26 avril 2013

À Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne), PSA a fermé un site de 800 salariés par mobilités et départs «volontaires» uniquement. Une illustration de la politique des groupes visant à liquider des emplois sans en assumer toute la responsabilité.

Supprimer des postes «sans plan social», «sans licenciements secs». À l’heure où les chiffres du chômage explosent et dépassent le record de 1997 (lire page 6), c’est désormais le nec plus ultra des grands groupes et des pouvoirs publics, soucieux d’alimenter la fiction selon laquelle il serait possible de restructurer « en douceur », sans drames sociaux et passages à la case chômage. À Moissy-Cramayel, près de Melun (Seine-et-Marne), c’est une tout autre histoire que racontent d’anciens salariés du site PSA de pièces détachées, qui a fermé définitivement ses portes l’été dernier. Ils lèvent le voile sur la manière avec laquelle le groupe a pu siphonner, en quatre ans, une usine de 800 salariés, uniquement par mobilités ou départs « volontaires ». Un miracle accompli sous le regard bienveillant, pour ne pas dire complice, des pouvoirs publics.

En ce vendredi d’avril, une poignée d’ex-PSA, la plupart anciens adhérents ou délégués CGT, s’est donné rendez-vous dans un café face à la préfecture de Melun, où ils ont obtenu une rencontre avec le cabinet du préfet et des responsables de l’administration (Direccte). Ils comptent demander une « enquête » sur ce qui s’est passé dans leur usine – ils ne l’obtiendront pas. Ils ne décolèrent pas de la manière dont PSA a « manipulé » son personnel. En 2008, la plate-forme logistique de Moissy, qui alimente en pièces détachées des succursales Peugeot et Citroën, compte 800 salariés en CDI, lorsque le groupe décide de regrouper l’activité sur son site de Vesoul, ce qui signifie à terme la fermeture du site francilien. Le groupe commence par mettre en place un plan de redéploiement des emplois et des compétences (Prec), pour supprimer 150 postes sur deux ans. Les salariés peuvent soit être mutés vers un autre site du groupe, soit quitter l’entreprise par rupture à l’amiable avec un « projet personnel », à savoir un autre travail ou une création d’entreprise, avec à la clé une prime de sept mois de salaire brut. « Ils s’y sont tellement bien pris qu’ils ont obtenu 300 volontaires, raconte Patrick Patault, ancien délégué syndical CGT du site. Pour les avoir, ils ont joué sur les peurs, en disant que ça commençait à mal tourner pour le site, qu’il valait mieux partir maintenant avec l’argent, qu’on ne savait pas ce qu’il y aurait après. Ils s’attaquaient aux salariés les plus faibles, les plus influençables. Pour certains, ça permettait de régler des dettes de jeu, de crédits à la consommation. »

La pression redouble

À l’issue du Prec, fin mars 2010, l’effectif a chuté à 400 à Moissy. C’est alors que, le 20 avril en comité central d’entreprise, PSA annonce la fermeture du site. Or, un an plus tôt, PSA et Renault s’étaient engagés à ne fermer aucune usine et à ne pas licencier, en échange d’un prêt de 6,5 milliards d’euros de l’État. Avec une belle pirouette, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, déclare alors que la fermeture de Moissy ne contrevient pas à cet engagement, « puisqu’il ne s’agit pas d’un site de production, et qu’il n’y aura pas de plan social ». Pris en étau en quelque sorte, PSA innove. Au lieu de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), il lance un second Prec, toujours entièrement basé sur le volontariat, même si la contradiction est flagrante avec l’objectif de fermeture.

La prime de départ passe à huit mois de salaire, et la pression redouble. Dans l’usine, une cellule emploi mobilité est mise en place, chargée d’accompagner les « projets » des salariés avec l’appui du cabinet Altedia. « Le matin, on avait des briefings de trente minutes par les chefs, se souvient Nahima Hammoumi. Ils nous disaient qu’il fallait absolument trouver quelque chose, que ça allait fermer, qu’il n’y aurait pas de plan social, qu’il fallait profiter du pactole. Ils avaient des primes s’ils réussissaient à nous convaincre. » À raison de dix-quinze salariés par mois, l’usine se vide progressivement. Mais d’après les anciens, très peu de collègues avaient de vrais projets. Si en principe, il faut une promesse d’embauche pour valider le départ, une simple inscription dans une boîte d’intérim suffisait, témoignent-ils. « Parfois, c’est même PSA qui nous envoyait dans telle boîte d’intérim qui était complice », raconte Françoise. La prime supplémentaire de 6 000 euros pour création d’entreprise pousse certains à se lancer dans une autoentreprise. « Mais ils ont atterri au chômage au bout de quelques mois, après avoir gagné trois sous », ajoute-t-elle. « Une fois dehors, il n’y avait plus d’accompagnement », précise un ex-salarié.

Fin 2011, la situation se complique puisqu’il reste 67 salariés dans l’usine, qui n’ont opté ni pour une mobilité, ni pour un « projet personnel ». PSA envisage alors de lancer un plan de sauvegarde de l’emploi, mais avec des primes inférieures à ce qui est prévu pour les départs volontaires, ce qui pousse certains syndicats à réclamer la poursuite du Prec. La direction ajourne alors le PSE. Fin mars 2012, il ne reste que 28 « récalcitrants », essentiellement des délégués et syndiqués CGT. « Mais ils nous ont eus à l’usure, en menaçant de nous licencier avec rien », se souvient Françoise, de la CFDT. Les derniers Mohicans finissent par s’inscrire dans une boîte d’intérim pour valider leur dossier et partir, eux aussi, contraints et forcés, par « rupture amiable ». Au premier juillet 2012, le site est vendu par PSA, après zéro licenciement.

Les prud’hommes saisis

Sur les 800 salariés, PSA fait état de 216 mutations dans le groupe, ce qui laisse plus de 500 salariés dans la nature. « Prec, ça veut dire plan de redéploiement des emplois, mais on a été redéployés au Pôle emploi ! » s’emporte Nahima Hammoumi, pour qui l’écrasante majorité des ex-PSA pointe aujourd’hui au chômage. Cet automne, les anciens ont monté une association pour partir à l’attaque. Avec l’avocat Philippe Brun, déjà une centaine d’entre eux ont saisi les prud’hommes de Melun pour faire requalifier les ruptures à l’amiable en licenciements économiques, et le Prec en plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). « PSA aurait dû faire un PSE dès le début, il est en infraction », estime Me Brun. « Un plan de départs volontaires, c’est plus discret, moins coûteux puisqu’il n’y a pas la notion de proportionnalité avec les moyens du groupe, et c’est une façon de sécuriser juridiquement les ruptures de contrats, puisque le salarié signe. Si on laisse passer cette affaire, bientôt il n’y aura plus de plans sociaux en France ! » souligne-t-il, s’interrogeant sur un possible « deal » entre le constructeur et les pouvoirs publics. De son côté, le porte-parole de PSA affirme qu’« il y a bien eu un PSE même si le mot n’a pas été prononcé officiellement », mais pas de licenciements – et c’est tant mieux –, parce que « la totalité du personnel s’est positionnée sur une mobilité ou des départs volontaires ».

Un « modèle » pour Aulnay ? Un « succès », qui « servira de modèle aux sites de Rennes et Aulnay », c’est ainsi que PSA a qualifié en janvier la fermeture du site de Melun, en affirmant que, sur 400 salariés du site, 216 sont partis sur un autre site du groupe, et 182 ont quitté PSA, tandis que 360 CDI ont été créés sur le bassin d’emploi. Mais ces nouveaux emplois n’ont pas bénéficié aux ex-PSA, rétorque la CGT. Et PSA « oublie » que l’effectif initial à Melun était de 800 salariés.

Fanny Doumayrou

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commentaires

Tours 03/05/2013 22:13

ça devrait parler à tout le monde et être mis sous le nez de tous pour faire comprendre et faire prendre conscience que ce qui se passe est de plus en plus insoutenable et que cette destruction du salariat et du monde du travail par la finance ne pourra être combattue que par les seuls moyens dont nous disposons pour mener une révolte acharnée contre ces mécréants.